En 2008, la Motion Twin lançait un pavé dans la mare du jeu par navigateur avec Hordes, une expérience de survie textuelle et communautaire ultra-anxiogène. Près de deux décennies plus tard, et après la fermeture officielle des serveurs de la célèbre boîte bordelaise, on aurait pu croire le désert définitivement stérile. C’était sans compter sur la bande d’irréductibles d'EternalTwin, qui a récupéré les clés du camion avec la bénédiction des créateurs originaux. Que vaut cette résurrection baptisée myHordes.eu en 2026 ? Préparez votre gourde, on repart dans l'Outre-Monde.
Citoyens, ouvrez l'œil (et le bon)
Le concept n’a pas bougé d’un iota, et c’est tant mieux. Vous incarnez l'un des 40 citoyens d’une ville de fortune, larguée au milieu d’un désert post-apocalyptique. Votre but ? Survivre le plus longtemps possible face à une horde de zombies qui attaque chaque soir à minuit pile. Pour cela, deux phases de jeu distinctes s’offrent à vous : la fouille de l'Outre-Monde pour dégoter des matériaux (planches, ferrailles, moteurs rouillés) et la consolidation des chantiers de la ville.

Visuellement, l'équipe d'EternalTwin a fait un travail d'archiviste remarquable. On retrouve cette interface brute, sombre, presque austère, qui faisait tout le charme du jeu d'origine. Pas de chichis en 3D ici, tout se passe au clic, à la lecture des logs et sur la carte quadrillée. Une ambiance "à l'ancienne" qui pose immédiatement une atmosphère lourde et paranoïaque.
L'Enfer, c'est les autres
La grande force de myHordes.eu, c’est son aspect social et coopératif. Oubliez les parties en solo dans votre coin : ici, un citoyen qui joue perso est un citoyen mort (ou banni). Tout passe par le forum de la ville. Il faut s’organiser pour savoir qui part en expédition, qui garde les portes, et comment optimiser les précieux Points d'Action (PA) quotidiens. Quand la mayonnaise prend, le titre offre une dimension stratégique grisante. Planifier un tracé d'expédition à plusieurs pour ramener de quoi construire les défenses nécessaires à la survie procure une vraie satisfaction.

Malheureusement, cette dépendance absolue envers la communauté est à double tranchant. Tomber sur une ville remplie d'inactifs ou de "pourrisseurs" ruine instantanément l'expérience.
Le choc des générations : attention où vous mettez les pieds
C’est le revers de la médaille d'un jeu maintenu en vie par sa communauté en 2026 : la courbe d'apprentissage est devenue une véritable falaise pour les nouveaux venus. Le site est aujourd'hui majoritairement peuplé de vieux briscards et d'irréductibles qui arpentent le désert depuis bientôt vingt ans. Ces vétérans connaissent chaque probabilité de fouille par cœur, optimisent le moindre PA au millimètre et appliquent des métas ultra-strictes.
Dans ce contexte, le droit à l'erreur n'existe pratiquement pas. Boire une ration d'eau sans l'accord du comité, rater l'heure d'une escorte ou oublier de rentrer avant l'attaque de minuit à cause d'une maladresse de débutant vous vaudra instantanément les foudres du forum. La sanction est souvent immédiate : une mise au ban de la ville, voire une pendaison haut et court sur la place publique. Si la communauté sait se montrer accueillante envers les novices qui font profil bas et demandent des conseils, elle se transforme vite en tribunal d'inquisition pour quiconque joue les électrons libres sans maîtriser les codes de l'Ancien Monde.
Un rythme qui dicte votre vie
C’est le principal point noir du soft, hérité directement de son ancêtre : myHordes.fr demande une régularité de métronome. Avec un gain de seulement 6 PA par jour (sauf consommation d'eau, de drogue, d'alcool ou de nourriture), les actions sont vite limitées. On se connecte 10 minutes le matin pour bouger son personnage, 5 minutes à midi pour valider un chantier, et impérativement avant minuit pour fermer les portes de la ville.

Ce rythme haché pourra en rebuter plus d'un. Si vous n'avez pas la possibilité de jeter un œil à votre navigateur plusieurs fois par jour, vous passerez à côté du jeu, ou pire, vous deviendrez un poids mort pour vos compagnons. Le titre ne se consomme pas, il se planifie.
Une rejouabilité infinie... si on est patient
Heureusement, la durée de vie est colossale pour qui accroche au concept. Chaque ville est unique de par sa topographie et la composition de son groupe. Une communauté soudée et bien organisée pourra faire tenir sa ville plus de quinze jours, débloquant des chantiers avancés et des situations d'urgence d'une rare intensité. De plus, le système de distinctions (les pictos) à glaner au fil de vos actions (vol, aménagement de maison, meurtre de zombie) offre un côté complétionniste très addictif pour les habitués.
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